Les inclassables

Et si la photo était un handicap?

Se réfugier derrière le viseur d’un appareil photo, limiter notre champ de vision, focaliser notre attention sur la photo, est-ce que tout cela ne nous mène pas à une forme d’auto-exclusion de la vraie vie?

Dans la newsletter de Canon que j’ai reçu ce matin, je découvre un article qui mérite réflexion :

Lorsqu’on contemple un paysage, nous pouvons admirer sa beauté, ses détails et la vie qui s’en dégage. Cependant, lorsque ce paysage est vu à travers le viseur d’un appareil photo, une partie de cette beauté peut nous échapper. /…

…/
Lors d’une mission à Amsterdam, le photographe Ed Norton a laissé son appareil photo dans sa chambre d’hôtel pour explorer la ville pendant une journée.

C’est Canon qui nous préconise de laisser l’appareil photo dans notre chambre d’hôtel.

Au risque de spoiler, je vous annonce (si cela peut vous rassurer) que dans l’article il explique qu’ensuite il reprend son appareil photo. ;-)

Mais poisson d’avril ou pas, cet article soulève une question que je nous devons forcément nous poser un jour ou l’autre : Ne nous excluons nous pas nous mêmes des évènements à cause de notre pratique de la photo?

Quelques situations à titre d’exemples

Le Lucky Luke du déclenchement

Lors de mes balades avec Ombrageux, je suis souvent frustré de le voir prendre ses photos avec son pocket. Tout en marchant, il allume son appareil, vise rapidement et déclenche en une fraction de seconde, alors qu’il a toujours un pied en l’air, et continue sa progression.
Il prend des photos plus vite que son ombre!

Moi je dois parfois changer d’objectif, faire mes réglages, m’arrêter pour cadrer, faire attention à être le plus stable possible, respirer comme un sniper, prendre ma photo, puis rejoindre les autres presque au pas de course.

Entre gobelin et fée, il faut choisir

Lors du festival « Trolls et légendes« , l’oeil vissé derrière mon viseur, j’entends le vacarme d’une lutte entre un gobelin et des chasseurs derrière moi, mais je n’ose tourner la tête de peur de rater la possible photo de la charmante fée qui vient en face de moi…

Si je n’avais pas mon appareil, un simple mouvement me permettrait de profiter à la fois de l’action derrière et devant.

Le complexe de la tortue

J’adore la rando en montagne, mais je ressemble d’avantage à une tortue qu’à un fier montagnard, croulant sous le poids de mon sac à dos.

En plus de votre eau et de votre matériel de rando, il faut encore vous encombrer d’un D800 et des optiques telles que le 14-24mm f/2.8 pour les plans d’ensemble, le 70-200mm f2.8 pour quelques éléments éloignés, et le 24-70mm f2.8 pour le reste. Et pourquoi pas le 105mm macro pour les petites fleurs? Et le trépied pour certains photographes? Etc. etc.

Nous nous disons que le poids et l’encombrement de tout ce matériel n’est rien par rapport à la joie de ramener LA belle photo. Puis le soir, les épaules endolories, la nuque démantibulée, le dos en compote, on se rend compte que le pote qui nous accompagne a pris de superbes photos avec son téléphone. Le comble vient quand on entend plein anecdotes sur la journée, alors que tous ces moments nous ont échappés, focalisés sur notre besoin de prendre des photos.

En conclusion

Oui, c’est un fait certain : se focaliser sur la photo risque de nous isoler du monde extérieur.

Cependant, si l’excès nuit en tout, la pratique modérée de la photographie peut rester un très grand plaisir. Le tout est d’éviter que ces situations deviennent la généralité, et que la photographie soit le prolongement de notre vie et non un facteur d’isolement.

 

Source : Newsletter Canon 01/04/2016

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